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Pêche: L'Europe reste sur la grève

Publié le 30 mai 2008 à 11h07 par

L'Internationale de la pêche se met en branle. Depuis des semaines, les pêcheurs français protestent contre la hausse du gazole, sans résultats tangibles, malgré des déclarations de bonnes intentions de Michel Barnier. Vendredi, ils sont rejoints dans leur mouvement par leurs collègues néerlandais, espagnols, italiens et portugais. Bruxelles s'inquiète et tente de calmer le jeu.

Joe Borg, le commissaire européen à la Pêche, semble prêt à faire quelques efforts pour soutenir les pêcheurs. - Reuters
Joe Borg, le commissaire européen à la Pêche, semble prêt à faire quelques efforts pour soutenir les pêcheurs. (Reuters)


Tenaces, motivés ou têtus, au choix. Les pêcheurs n'ont pas l'intention de baisser d'un ton dans leur protestation contre la hausse du prix du gazole, multiplié par trois depuis 2004. Le quiproquo entre les autorités françaises et européennes n'a rien arrangé à l'affaire. Si certains ont décidé de reprendre leur activité, comme à La Rochelle ou à Boulogne-sur-Mer, au Guilvinec, plus grand port français de pêche artisanale, on réfléchit à la suite à donner au mouvement, tandis que Quimper voyait plus d'un millier de personnes lancer un "SOS pour sauver la pêche", jeudi. Des divergences sur les moyens d'actions, certes, mais une revendication commune: la baisse du gazole. Un objectif partagé par nos voisins européens.

"Moi, je n'ai malheureusement pas de solutions miracles", a avoué Christine Lagarde, ministre de l'Economie, qui justifie son impuissance par un environnement international "dur". Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, ne semblant pas plus armé pour les aider, les pêcheurs français comptent maintenant sur l'Europe pour leur donner le coup de pouce attendu. A La Rochelle, ils se disent ainsi "prêts à tout moment à recommencer" si "l'Europe ne bouge pas". Une attente en partie entendue à Bruxelles.



Jeudi soir, Joe Borg, le commissaire européen à la Pêche, affirmait en effet que l'Union européenne était maintenant prête à davantage de souplesse. Sans toutefois faire le grand écart. L'idée de subventionner le prix du gazole, à ses yeux, "en plus d'être illégale, ne résoudrait en rien les problèmes fondamentaux." Joe Borg a en revanche affirmé sa "disponibilité" à permettre aux Etats membres de verser au secteur des aides "plus ciblées dans le contexte actuel difficile", mais comprises dans les limites financières d'un Fonds structurel de modernisation de la pêche déjà programmé pour la période 2007-13. Le budget total de ce fonds a été fixé à 4,3 milliards d'euros. Il a aussi insisté sur le fait que les gouvernements devaient donner la priorité à la restructuration du secteur.

"Vendredi, l'arrêt sera total dans toute l'Espagne, qui possède la flotte la plus puissante de l'UE. Nous essayons de forcer une solution au niveau européen", lui a répondu José Antonio Caparros, porte-parole des coopératives de pêche de Barcelone. Joe Borg n'a donc pas convaincu. A 11 heures, le ministère de l'Agriculture et de la Pêche, à Madrid, entendra les cris de protestations des pêcheurs espagnols. Pour le moment, ces derniers se contentent de ne pas sortir en mer. Mais José Antonio Caparros n'exclut pas des actions plus musclées, type blocage de ports: "Ce n'est pas l'envie qui manque, il faudrait juste une étincelle". "Nous devons nous mobiliser en suivant l'exemple des Français, et s'il faut bloquer les ports, nous les bloquerons", a menacé un dirigeant syndical de Galice, Xavier Aboy.

Même détermination au Portugal. Mercredi, le gouvernement a refusé de leur accorder une aide d'urgence. Une grève totale est donc lancée ce vendredi. En Italie, selon la principale fédération du secteur, la Federcoopesca, ils seront 12 000 à suivre le mouvement. Leurs collègues britanniques leurs emboîteront le pas mardi prochain. "Le gazole à 0,40 euro le litre avec l'accord de la Communauté européenne et pour tous les pays touchés par la crise", est, selon le Comité de vigilance des pêcheurs français, "la seule solution possible". Réunis le 23 juin prochain, les ministres européens de la Pêche savent donc ce qui leur reste à faire.


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