Qui a suicidé Chantal Sébire?
Publié le 25 juin 2008 à 12h38 par
L'affaire Chantal Sébire rebondit. Le suicide de cette femme, qui demandait le droit à l'euthanasie, avait déclenché une émotion à l'échelle nationale en mars dernier. Après la disparition de prélèvements biologiques, le procureur a ouvert une enquête préliminaire pour déterminer les conditions du suicide. Un rebondissement qui éclipse le débat sur l'euthanasie.

Le procureur de Dijon, Jean-Pierre Alacchi, ne veut négliger aucune zone d'ombre. (Maxppp)
Le procureur de Dijon a ouvert une enquête préliminaire pour éclaircir les conditions de la mort de Chantal Sébire. Le suicide de cette femme, atteinte d'une tumeur incurable, avait relancé en mars dernier le débat sur l'euthanasie. Après avoir effectué une série de demandes, très médiatisées, pour que son médecin puisse mettre fin à ses jours, Chantal Sébire s'était suicidée à l'aide d'un puissant barbiturique interdit à la vente et utilisé dans le milieu vétérinaire. Qui lui a fourni le poison? Qui, selon le vocable judiciaire, a "provoqué au suicide" Chantal Sébire?
Des questions dignes d'un polar, alimentées par des rebondissements inattendus: Le Parisien révèle que plusieurs scellés "se sont mystérieusement volatilisés de l'hôpital de Dijon." Ce vol présumé concerne des pièces à conviction maîtresses: il s'agit de prélèvements biologiques effectués sur le corps de Chantal Sébire, le 19 mars dernier chez elle, à Plombières-lès-Dijon, quelques heures après s'être donné la mort. La police ne privilégie aucune piste: il peut s'agir d'une mauvaise manipulation, d'une perte des échantillons ou d'un vol. Qui aurait intérêt à détourner des flacons déjà analysés au mois d'avril?
Jean-Pierre Alacchi, le procureur de Dijon, ne perd pas de vue l'autre objectif: "Je réexaminerai les éléments de l'enquête pour apprécier l'opportunité d'ouvrir une enquête préliminaire afin de rechercher les conditions dans lesquelles elle a pu se procurer le produit mortel qu'elle a utilisé." Il s'intéresse aussi à la pression psychologique qu'aurait subie Chantal Sébire avant de passer à l'acte. L'encouragement au suicide est une infraction pénale, au même titre que la fourniture d'un produit illicite et mortel. Le Parisien rappelle des propos saisissants de Christian, le frère de Chantal Sébire, tenus aux gendarmes au lendemain du suicide: "On n'était pas tous d'accord dans la famille avec sa décision. Je ne sais pas si ma soeur s'est suicidée ce soir [le 19 mars], on sentait que les choses n'étaient pas normales."
Le calvaire de cette femme de 52 ans avait suscité beaucoup d'émotion grâce à une large médiatisation, "orchestrée" entre autres par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). L'avocat de Chantal Sébire, Gilles Antonowicz, est également vice-président de l'ADMD. Plusieurs détracteurs de cette association n'ont pas hésité à affirmer que le suicide de leur cliente servait leur cause. Les membres de l'ADMD sont indignés par cette insinuation: "La provocation au suicide, c'est lorsqu'on incite des gens vulnérables à passer à l'acte. Ici, il ne s'agit pas de cela." a déclaré Gilles Antonowicz avait de démentir qu'il n'a "pas fourni de produit" à Chantal Sébire. Pour Jean-Luc Roméro, président de l'association, "cette information judiciaire est un prétexte pour empêcher toute évolution de la législation en matière de vie."
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