SocGen: Bakir à bon compte
Publié le 09 février 2008 à 15h34 par
Dans "l'affaire Kerviel", son nom était apparu jeudi. En garde à vue depuis deux jours, Moussa Bakir a finalement été laissé libre samedi par les juges d'instruction en charge du dossier. Pourtant, à en croire des éléments livrés par la presse, le courtier de Newedge (ex-Fimat), filiale de la Société Générale semblait entretenir des liens très proches avec Jérôme Kerviel.

Les juges Van Ruymbeke et Desset ont laissé Moussa Bakir libre. (Reuters) (photo)
Moussa Bakir n'est pas Jérôme Kerviel. Si les juges d'instruction en charge de l'affaire de fraude qui a coûté près de cinq milliards d'euros à la Société Générale n'avaient pas hésité à placer le trader de la banque rouge et noire en examen, ils n'ont pas fait de même pour le courtier de Newedge (ex-Fimat). Samedi, après deux jours de garde à vue, Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset ont laissé le jeune homme en liberté, se réservant le droit de l'auditionner à nouveau ultérieurement. Une décision contre laquelle le Parquet de Paris, qui réclamait une mise en examen assortie d'un placement en détention provisoire, n'interjettera pas appel. Vendredi pourtant, la chambre d'instruction de la cour d'appel de la capitale lui avait donné raison en prononçant la détention pour Kerviel, contre l'avis des juges Van Ruymbeke et Desset qui la jugeaient inutile.
A la sortie de l'audition samedi en début d'après-midi, Jean-David Scemama, l'avocat de Bakir ne cachait pas sa satisfaction. "Il a parfaitement expliqué que toutes les règles ont été respectées, toutes les règles professionnelles, les règles des marchés et toutes les instructions de ses supérieurs. Toutes les opérations qu'il a faites sont des opérations qui ont été autorisées, contrôlées, suivies et, j'ai envie de dire, encouragées", a-t-il déclaré à la presse. "La complicité qui a été celle révélée par de pseudo éléments nouveaux hier est tombée", a-t-il ajouté, faisant référence aux informations qui circulent dans la presse et qui peuvent laisser penser que le courtier de Newedge était bien au courant de tout ou partie des activités de Jérôme Kerviel. "Tu n'as rien fait d'illégal, au sens de la loi", retranscrivait vendredi Le Monde, piochant cette phrase dans le flot des messages instantanés électroniques que s'échangeaient les deux professionnels de la finance.
Tchat coupable?
Samedi, le site internet du Nouvel Observateur, qui s'est procuré le verbatim de ces échanges (voir par ailleurs), en dévoile un peu plus. Parmi les 2000 pages, à raison de vingt messages par page, interceptées par les enquêteurs, certaines sentences méritent le détour. Morceaux choisis:
Le 13 décembre 2007
MB: "il va te falloir impérativement des vacances"
JK: "en taule"
MB: "n importe quoi. Qu est que tas fait de mal. Tu as violé personne. Tu nas rien fait d'illegal au sens de la loi"
JK: "g fait un max de tunes. C tout"
MB: "jai(m)erai bien aller en taule tous les jours qd je fai de largent legalement"
JK: "ta gueule"
Ou encore, le 18 janvier 2008, quelques jours avant la découverte de la fraude
JK: "chui dans une grosse merde"
MB: "pkoi"
JK: "chui viré dans 30 minutes"
MB: "tu as meeting. Avec qui"
JK: "martial et baboulin"
MB: "tu mappelles apres"
JK: "franchement g pas envie de parler"
MB: "courage poto"
JK: "il est mort le poto"
Autant de messages, souvent sibyllins, qui semblent toutefois accréditer le fait que Moussa Bakir connaissait la situation de Jérôme Kerviel. De là à conclure à une complicité du courtier de Newedge, il y a un pas que la justice n'a pas franchi. Même si le parquet a tenu à tempérer la remise en liberté de Moussa Bakir. "Il sera reconvoqué pour s'expliquer sur le fond ultérieurement", a-t-il précisé. Bakir devra alors détailler la réalité de ses rapports avec le "poto" Kerviel.
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