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Tabac: Luttes secrètes contre l'interdiction

Publié le 20 novembre 2007 à 18h00 par

Les buralistes fourbissent leurs armes avant l'interdiction totale de fumer dans les restaurants et autres lieux de convivialité, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2008. Une manifestation nationale est prévue mercredi. Et dans leur combat, ils ont reçu le soutien inattendu de plusieurs députés UMP, qui souhaitent que le dispositif soit adapté en fonction des spécificités locales.

René Le Pape, le président de la Confédération des buralistes, doit rencontrer Roselyne Bachelot la semaine prochaine. - Maxppp
René Le Pape, le président de la Confédération des buralistes, doit rencontrer Roselyne Bachelot la semaine prochaine. (Maxppp)
Les buralistes fourbissent leurs armes avant l'interdiction totale de fumer dans les restaurants et autres lieux de convivialité, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2008. Une manifestation nationale est prévue mercredi. Et dans leur combat, ils ont reçu le soutien inattendu de plusieurs députés UMP, qui souhaitent que le dispositif soit adapté en fonction des spécificités locales.

Tirer ses dernières cartouches avant qu'il ne soit trop tard. C'est le mot d'ordre lancé par les buralistes à l'approche de l'interdiction totale de fumer, le 1er janvier prochain. Gonflés à bloc contre le décret antitabac, ils appellent à une manifestation nationale mercredi avec, pour objectif, d'arracher des aménagements de dernière minute pour les bars-tabac. "Nous attendons plus de 10.000 manifestants. Des buralistes mais aussi des restaurateurs, des responsables de discothèques ou de bars à chicha qui se joignent à notre mouvement", prévient René Le Pape, le président de la Confédération des buralistes.

Cette fronde trouve aujourd'hui des relais efficaces chez les parlementaires UMP. Craignant l'impopularité de cette mesure d'interdiction à la veille des élections municipales, une centaine d'élus de la majorité ont, en effet, cosigné une proposition de loi réclamant plus de souplesse pour les vendeurs et revendeurs de tabac, notamment dans les zones rurales. Depuis le 1er février 2007, il est déjà interdit de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, comme les entreprises, mais les lieux de convivialité avaient réussi à arracher un sursis de 11 mois.

"Il ne s'agit pas de remettre en cause une politique de santé publique, se défend René Le Pape. Juste de faire preuve de bon sens, car, en l'état, ce décret est inapplicable. Les aquariums que l'on nous impose sont par exemple complètement inadaptés au petit bar-tabac d'un village." Ce qu'il veut ? Que le gouvernement autorise l'installation de pièces pour fumeurs avec extracteurs d'air, moins strictes que les fumoirs prévus dans le décret. Et aussi que les petits établissements en zone rurale puissent choisir, comme en Espagne, s'ils souhaitent être fumeurs ou non. "En fait, je demande la même chose que le candidat Sarkozy, qui s'était interrogé à voix haute sur la possibilité de dérogations", lance-t-il, sûr de lui.

Dix-sept élus UMP ont lancé un appel à Bachelot

En soutenant aujourd'hui une proposition de loi pour concilier "la protection contre les dangers du tabagisme passif et le maintien des lieux de convivialité dans le tissu économique local", la centaine de parlementaires de la majorité fait le même pari : qu'une oreille attentive à l'Elysée permette de gratter in extremis quelques "adaptations". Dans un courrier adressé la semaine dernière à Roselyne Bachelot, dix-sept de ces élus UMP n'ont pas hésité à rappeler à la ministre de la Santé les propos tenus par le futur président de la République en février 2006 : "Je m'interroge. Dans les départements ruraux où il reste un café-tabac, un lieu de convivialité, est-ce qu'on peut appliquer strictement la même règle ?". Lors d'un déplacement en Lozère, en octobre 2006, Nicolas Sarkozy plaidait encore pour "des adaptations géographiques de la loi" : "Interdire de fumer dans les endroits où on vend du tabac, c'est quand même curieux."

Engagé dans cette ultime bataille, Patrick Balkany, le député-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et ami du président, veut y croire : "il y a des gens raisonnables au gouvernement et à l'Elysée", constate-t-il avant d'affirmer qu'il n'a "aucune assurance du Président mais [que] c'est quelqu'un qui aime bien fumer le cigare...". Mais c'est peut-être sous-estimer la détermination de Xavier Bertrand, à l'origine du passage de la France au régime non fumeur, et de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Tous deux ont rappelé récemment qu'ils ne céderaient pas d'un pouce sur ce dossier de santé publique.

René Le Pape, qui a finalement décroché un rendez-vous après-demain avec Roselyne Bachelot, ne cesse pourtant d'afficher une belle assurance. "Je crois qu'elle n'a pas compris qu'elle était dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Et tant que le match n'est pas joué, il n'est pas gagné, mais il n'est pas perdu non plus !"


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