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Versini, retour discret au maquis

Publié le 18 août 2008 à 12h00 par Anne-Laure BARRET

Après neuf ans de détention pour avoir été reconnu coupable de complicité dans l'assassinat du préfet Erignac en 1998, Joseph Versini vient de vivre sa première semaine de liberté conditionnelle, parmi les siens, à Cristinacce, en Corse. En toute discrétion, l'éleveur de porcs veut recommencer une nouvelle vie, loin du militantisme politique radical.

Nicole Versini a retrouvé son mari. - Maxppp
Nicole Versini a retrouvé son mari. (Maxppp)


Depuis qu'il est rentré au village, la maison ne désemplit pas. Libéré lundi dernier à l'aube après neuf ans passés derrière les barreaux pour complicité dans l'assassinat du préfet Claude Erignac, Joseph Versini a vu tout Cristinacce se presser à sa rencontre. Si ce bourg montagneux de Corse-du-Sud est quasiment désert en hiver, il ressuscite en été, quand débarquent les familles dispersées aux quatre coins de l'île et du pays. "Les visites n'ont pas arrêté. Il a reçu des témoignages d'affection très forts. Certains l'ont serré dans leurs bras. D'autres lui ont fait la bise. C'était quelqu'un de très apprécié. Apparemment, ça n'a pas changé", commente Thierry Casanova, l'un de ses amis.

Pas de rassemblement nationaliste le jour de sa sortie, pas de réjouissances particulières. Unanimement décrit comme un homme introverti, Joseph Versini, 50 ans, a souhaité que sa libération conditionnelle se fasse dans la plus grande discrétion possible. "Mon client a purgé sa peine. Il n'a aucun commentaire particulier à faire. Il pense à ses camarades qui sont encore en prison", précise son avocat parisien, maître Eric Barbolosi.

Versini déjà au boulot

Comme cinq autres nationalistes corses, l'éleveur de porcs de Cristinacce avait été condamné en 2003 par la cour d'assises spéciale de Paris pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (au cours de laquelle avait été dérobée l'arme du crime) et pour complicité dans l'assassinat du préfet de Corse, le 6 février 1998, à Ajaccio. Lors du procès, il avait reconnu avoir participé aux réunions préparatoires mais avait expliqué avoir renoncé à mener l'opération elle-même parce qu'il ne se sentait pas capable de tuer un homme. Pour cette raison, il avait écopé de quinze ans de réclusion, une peine moins lourde que celle de ses complices.

Dix ans après la mort du premier représentant de l'Etat dans l'île, l'agriculteur, placé sous bracelet électronique, entend reprendre une vie normale aux côtés de sa compagne et de son fils lycéen. "C'est un gros bosseur. Il est déjà allé faire un tour en 4x4 dans ses châtaigniers, raconte son ami Thierry Casanova. Il dit qu'il faut refaire les clôtures et repousser le maquis qui a gagné du terrain." Grâce à ses amis qui lui ont donné des bêtes, Joseph Versini va relancer dès septembre son élevage de porcs. S'il compte recommencer à fabriquer de la charcuterie traditionnelle, il ne pourra pas aller vendre lui-même son fameux pâté artisanal. Un contrôle judiciaire très strict lui interdit en effet de se rendre à Ajaccio, la ville la plus proche, à une heure et demie de route, et l'astreint à être présent au village tous les jours entre midi et 15h30 et de 19 heures à 7 heures du matin. "Joseph ne se plaint pas, au contraire. Il est heureux d'être sorti. Il n'oubliera jamais ce qui s'est passé il y a neuf ans. Aujourd'hui, il a pris beaucoup de recul. Ses idées politiques n'ont pas changé mais il a définitivement tourné la page du militantisme clandestin", conclut Thierry Casanova.

Un non-événement?

L'onde de choc causée par l'assassinat d'un préfet de la République aurait-elle fini de se propager? Proches du dossier, militants nationalistes et même Corses fidèles à la France, tous déploient des trésors de dialectique pour démontrer que la première libération d'un membre du commando Erignac constitue dans l'île un non-événement. A commencer par Demetrius Dragacci, ancien patron du SRPJ d'Ajaccio et premier policier en charge de l'enquête Erignac, qui hurle: "La sortie de Versini? On s'en fout!" "On est condamné, on paie sa dette, on sort. C'est le cours normal de la justice", martèle de son côté l'avocat Eric Barbolosi.

Pour Jean Biancucci, élu nationaliste à l'Assemblée de Corse, cette libération conditionnelle est le symbole "banal" d'une "vengeance d'Etat": "Son contrôle judiciaire l'assigne à résidence à Cristinacce. Un condamné de droit commun aurait bien moins de contraintes. C'est une façon de continuer à le faire payer." Porte-parole du comité antirépression (CAR) et également nationaliste, Jean-Marie Poli instruit lui aussi le procès d'une justice qui ferait de la Corse "une exception". "Versini a passé toute sa détention sur le continent, loin de sa famille. Le rapprochement familial est prévu par la loi. On l'accorde aux détenus de droit commun mais on le refuse presque systématiquement aux prisonniers politiques."

A l'autre bout de l'échiquier politique insulaire, Camille de Rocca Serra, député (UMP) de Corse-du-Sud et président de l'Assemblée de Corse, assure que même si l'assassinat de Claude Erignac est "toujours pesant, le temps a passé". "Versini a les mêmes droits que les autres condamnés. Je n'ai rien à ajouter. Par respect pour la famille de la victime, je prône le silence et la discrétion."

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