Sous le soleil exactement
Publié le 02 avril 2008 à 12h00 par
C'est une petite révolution hexagonale. Vous en ferez facilement l'expérience au cours de vos balades printanières, à condition toutefois de lever la tête. Les capteurs thermiques et autres panneaux photovoltaïques fleurissent partout: sur le toit des pavillons neufs, des vieilles bâtisses restaurées, des bâtiments publics... Preuve qu'un nombre croissant de Français plébiscite l'énergie solaire pour fabriquer de l'eau chaude et/ou se chauffer (solaire thermique), mais aussi pour produire de l'électricité (solaire photovoltaïque).

Installation de panneaux photovoltaïques. (Reuters)
Pourquoi le solaire a-t-il le vent en poupe? Sans doute parce que c'est la source d'énergie la plus facilement utilisable. La lumière du Soleil est gratuite et inépuisable. Les nuisances sont réduites: pas de déchets, pas de bruit. L'installation d'un chauffe-eau ou de panneaux photovoltaïques s'avère relativement simple. Mais l'essor du solaire s'explique surtout par le volontarisme des pouvoirs publics français: TVA réduite et crédits d'impôt pour l'achat du matériel, tarif de rachat très avantageux octroyé par EDF aux particuliers (cinq fois le prix de l'électricité).
"On assiste à un très fort boom. Cela fait penser à l'essor du solaire en Allemagne il y a dix ans", constate Waël Elamine, qui suit le dossier pour le Syndicat des énergies renouvelables (SER). Les chiffres sont éloquents: l'an dernier, selon le SER, le marché du solaire photovoltaïque a progressé de 200. "S'il y a un petit ralentissement de la croissance du solaire thermique, c'est parce que la hausse avait été phénoménale en 2006", décode le spécialiste du SER. Le boom, qui touche toute la France, ne concerne pas seulement les maisons individuelles. De nombreux immeubles et logements HLM se voient ainsi équiper de systèmes de chauffage collectifs et de chauffe-eau solaires. De Toulouse à Saint-Etienne, les panneaux surgissent sur les bâtiments publics.
Les Verts se chauffent vert
Depuis l'été dernier, le conseil régional de Midi-Pyrénées possède une minicentrale solaire photovoltaïque sur son toit. Le célèbre stade Geoffroy-Guichard, antre de l'AS Saint-Etienne, fabrique désormais suffisamment de courant pour éclairer et chauffer les locaux administratifs et techniques. PME comme grands groupes participent au mouvement. A Sessenheim (Bas-Rhin), deux frères producteurs d'asperges ont investi dans 950 m2 de panneaux photovoltaïques. A Thouars (Deux-Sèvres), un magasin Super U génère environ 100 MWh par an.
Autre indice de la percée du solaire: les projets de création de centrales de type industriel se multiplient, comme à Chaillac (Indre), qui pourrait à terme approvisionner 25.000 foyers, à Curbans (Alpes-de-Haute-Provence), où s'apprête à investir le groupe Suez-Electrabel, à Torreilles (Pyrénées-Orientales), avec la société Poweo.
Mais la course au soleil ne saurait se réduire à un phénomène franco-français. Si elle n'a longtemps concerné que l'Allemagne (un tiers du marché mondial), le Japon (23), elle touche aujourd'hui, outre la France, l'Italie, l'Espagne, l'Autriche et la Grèce. Et les perspectives de développement sont considérables: selon une étude de la banque suisse Sarasin, le marché mondial de l'électricité solaire devrait progresser de 30% par an jusqu'en 2020. Où se trouvera dans dix ans la plus grande centrale solaire au monde? Difficile de se risquer à un pronostic, tant les projets gigantesques fourmillent. En Allemagne, dans le land de Saxe, une installation couvrant une surface équivalant à 200 terrains de football et d'une capacité de 40 mégawatts devrait fonctionner à partir de 2009. Dans le sud du Portugal, 260.000 panneaux photovoltaïques pourront fournir de quoi approvisionner 30.000 foyers. Sans parler des chantiers qui se préparent en Chine, en Australie ou en Israël.
Pénurie de silicium
Quelques nuages viennent cependant troubler ce ciel radieux: hausse du prix de l'acier et de l'aluminium, pénurie de silicium. C'est le problème majeur de la filière photovoltaïque. Les capacités de production de ce semiconducteur indispensable à la fabrication des panneaux solaires sont en effet limitées. "Les industriels ont déjà réagi, martèle Waël Elamine du SER. La preuve, une usine est en construction dans les Alpes-de-Haute-Provence. Une fois u'elle sera terminée, le spectre de la pénurie sera définitivement éloigné. D'autant que le sable, matière première du silicium, ne manque pas."
Même s'il faudra au moins une dizaine d'années avant que le secteur, aujourd'hui largement dépendant des subventions, ne devienne réellement compétitif, tous les espoirs sont permis. Notamment parce que les progrès techniques, dopés par les partenariats public-privé, y sont constants. Après trente ans de sommeil, la recherche solaire française se réveille. Les labos les plus pointus rivalisent d'inventivité pour améliorer le rendement des cellules photovoltaïques en silicium. Quand les chercheurs attrapent un coup de soleil, c'est tout le pays qui se prépare à une révolution énergétique.
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