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Sastre prend son Tour

Publié le 27 juillet 2008 à 18h05 par

Comme depuis 2006, un Espagnol a fait main basse sur le Tour de France. Après Oscar Pereiro et Alberto Contador, Carlos Sastre a inscrit en lettres d'or son nom au palmarès de la 95e édition de la Grande Boucle. Le Madrilène devance sur le podium le grand favori Cadel Evans et la révélation Bernhard Kohl. Dimanche, Gert Steegmans s'est imposé sur les Champs-Elysées.

A 33 ans, le coureur espagnol de la CSC décroche la timbale et un premier Tour de France. - Reuters
A 33 ans, le coureur espagnol de la CSC décroche la timbale et un premier Tour de France. (Reuters)


Le Tour de France se transforme petit à petit en chasse-gardée du cyclisme espagnol. Sa 95e édition, partie de Brest voilà trois semaines, est tombée dimanche dans l'escarcelle de Carlos Sastre, lequel succède à ses compatriotes Oscar Pereiro et Alberto Contador, le banni de l'été, pour devenir le septième coureur ibère à inscrire son nom au palmarès de la plus prestigieuse épreuve cycliste du monde. "Carlitos", comme le surnomment ses proches, a fait main basse sur une Grande Boucle qui, il ne faut pas se le cacher, ne restera pas dans les annales parmi les plus passionnantes. Mais, à l'heure où certains ressentent la nostalgie des grandes empoignades dans les cols entre les fusées Armstrong, Ullrich, Pantani et autres Virenque, le Tour, par le biais de ses organisateurs, met depuis deux ans tout en oeuvre pour ne plus vivre dans l'hypocrisie d'une épreuve se résumant à une "course à la pharmacie".

Alors oui, l'édition 2008 n'a pas enflammé les foules. Les étapes de montagne ont le plus souvent accouché de souris tant les meilleurs grimpeurs, à visage plus humain dans l'effort que leurs prédécesseurs, ont peiné à se fausser compagnie. Et finalement, le seul parmi les cadors à y être véritablement parvenu aura été Carlos Sastre, lors de son numéro solitaire sur les rampes du mythique Alpe-d'Huez. Une attaque qui aura suffi à l'Espagnol pour poser sa patte sur la course à quatre jours de l'arrivée à Paris. Et le maillot jaune conquis au sommet des 21 lacets de l'Alpe ne l'aura plus lâché jusqu'à l'arrivée sur les Champs-Elysées, où le Belge Gert Steegmans s'est imposé au sprint dimanche, non sans l'avoir défendu avec brio la veille lors du contre-la-montre de Saint-Amand-Montrond qui semblait pourtant propice à la (re)prise de pouvoir de Cadel Evans.

Sastre: "Je suis quelqu'un de propre"

Deuxième, l'Australien, déjà dauphin de Contador l'an dernier, a peut-être manqué l'occasion de sa vie de réaliser son rêve. Mais la faiblesse de sa formation Silence-Lotto et ses limites, toutes relatives, dans les cols lui auront coûté un Tour que tout le monde pensait taillé pour lui. Un Tour qui aura aussi vu se révéler le meilleur grimpeur Bernhard Kohl, dont la place de troisième sur le podium valait une sacrée belle cote au départ de Bretagne. L'Autrichien de 26 ans qui pourrait bien s'inscrire aux côtés des Contador et Andy Schleck, 12e et meilleur jeune de cette 95e édition, parmi les grands animateurs de l'épreuve dans les années à venir.

A 33 ans, Sastre, professionnel depuis 1997, ne compte pas parmi ces coureurs d'avenir. Le coureur d'Avila, très souvent placé dans les grands Tours, entre dans la lumière sur le tard, après de nombreuses années à oeuvrer pour ses leaders, sous les couleurs de la Once (1997-2001), puis au sein de sa formation actuelle CSC. Un parcours qui fait aujourd'hui grincer quelques dents. Se réclamant de Manolo Saiz, l'ancien directeur sportif impliqué dans l'Opération Puerto qui fut son mentor à ses grands débuts chez les professionnels, l'Espagnol, parmi les plus discrets du peloton, n'a jamais non plus semblé gêné d'officier depuis plusieurs années sous les ordres de Bjarne Riis. Le Danois, lui aussi vainqueur du Tour de France, en 1996, mais grâce à l'EPO comme il l'avait admis l'an passé avant d'être rayé du palmarès. Ces (mauvaises) fréquentations laissent donc planer un doute, exactement comme sur Contador, lui aussi passé entre les mains de Saiz, voilà un an.

Sastre s'en défend. "Je suis quelqu'un de propre, je sais quels sacrifices j'ai fait pour être ici. Je peux dire la tête haute qu'il existe des gens qui savent tout sacrifier pour parvenir à leur rêve de la façon la plus honnête qui soit. Il y aura toujours des tricheurs mais il y a aussi des travailleurs, qui bossent en silence. Et il y en aura de plus en plus", a-t-il insisté devant la presse samedi, après s'être assuré de la victoire finale. Alors, jusqu'à preuve du contraire, le doute continuera de planer sur les épaules du frêle ibère. Tel est le lot des champions de ce sport gangréné par le dopage depuis trop longtemps et qui, via une majorité de ses dirigeants, a décidé de se refaire une virginité. Une lutte difficile mais courageuse, que de nombreux présidents de fédération devraient prendre en exemple.

Les Français à l'honneur

Un travail de longue haleine qui aura permis de démasquer certains tricheurs cette année encore. Les Espagnols Manuel Beltran et Moises Duenas Nevado ont dans un premier temps sans grand bruit été rattrapés par la patrouille. Puis ce fut le cas de Riccardo Ricco, lui aussi confondu par un contrôle positif à l'érythropoïétine. Le "Cobra", arrogant au possible, pensant naïvement que l'EPO troisième génération ne pourrait pas être décelée par l'agence française de lutte contre le dopage chargée des contrôles, a donc été prié de quitter la course après l'avoir spoliée en raflant deux succès d'étape à Super-Besse et Bagnères-de-Bigorre. Trois affaires, auxquelles il faut ajouter l'auto-retrait de l'équipe Saunier Duval de l'Italien, qui n'ont certes pas fait du bien à l'image du Tour mais qui démontrent que les contrôles antidopage fonctionnent et que l'étau se resserre de plus en plus sur les brebis galeuses du peloton.

Premiers à réclamer un cyclisme propre, les Français ne sont pas encore en mesure de jouer les tout premiers rôles sur leur Tour national mais les 14e et 15e places au classement général du régulier Sandy Casar et du néophyte et très prometteur Amaël Moinard sont de bon augure pour un cyclisme tricolore qui avait l'an dernier fait son pire résultat en classant son meilleur représentant, Stéphane Goubert, au 27e rang. Le doyen du peloton, qui a d'ailleurs fait mieux cet été (21e), aura lui réussi la performance à 38 ans d'accompagner le plus souvent les meilleurs en haute montagne, son terrain de jeu favori. A défaut de places dans le Top 10, les coureurs du cru auront également animé les vingt-et-un jours de course, cumulant sans compter les kilomètres d'échappée. Des efforts récompensés par les premiers succès d'étape sur le Tour de Samuel Dumoulin (Nantes), Cyril Dessel (Jausiers) et Sylvain Chavanel (Montluçon) mais aussi par le maillot jaune que Romain Feillu aura porté une journée. Un résultat d'ensemble plus que satisfaisant à l'heure des bilans.

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