Sastre presque sacré
Publié le 26 juillet 2008 à 17h38 par
Le vainqueur de Tour 2008 devrait s'appeller Carlos Sastre. L'Espagnol, en jaune depuis l'Alpe d'Huez, a résisté à Cadel Evans lors du contre-la-montre samedi, cédant moins de trente secondes. L'étape a été remportée par l'Allemand Stefan Schumacher. Sauf grande surprise, le coureur de la CSC devrait conserver son maillot de leader à l'arrivée sur les Champs-Elysées dimanche.

Carlos Sastre est en passe de gagner son premier grand tour. (Reuters)
Le maillot jaune aura transcendé Carlos Sastre, tout autant que Cadel Evans sera passé à côté de son grand rendez-vous du Tour de France, samedi, lors du contre-la-montre décisif entre Cérilly et Saint-Amand-Montrond. Juge de paix de la 95e édition de la Grande Boucle, ce chrono vallonnée long de 53 kilomètres à travers Allier et Cher devait, selon beaucoup d'observateurs, marqué la prise de pouvoir d'Evans à une journée du défilé du peloton sur les Champs-Elysées. Dès cinq derniers postulants mathématiques à la victoire finale, l'Australien, quatrième du classement général ce matin à 1'34" de Sastre, était le plus apte, de par ses aptitudes dans l'épreuve chronométrée, à se parer de la légendaire tunique jaune à la veille de l'arrivée du peloton sur les Champs-Elysées.
Dans ce contexte, la minute et seize secondes grappillées sur l'Espagnol sur les 29 kilomètres du premier chrono de Cholet lors de la première semaine du Tour en faisaient le favori logique à la victoire finale. Une étiquette que le leader de la Silence-Lotto, qui avait minutieusement préparé l'ultime grand rendez-vous de l'épreuve en reconnaissant les 53 kilomètres du parcours dès le Dauphine Libéré en juin dernier, ne se refusait pas d'assumer, dans le plus grand calme, comme à son habitude. Seulement, sur le vélo samedi, tout n'a pas tourné rond pour Evans qui n'a jamais trouvé le bon rythme. Si bien qu'au premier passage intermédiaire, après 18 kilomètres parcourus, Sastre, pointé à seulement 8 secondes de son grand rival, avait déjà tué tout suspense, à la surprise générale.
Sastre: "Le rêve est devenu réalité"
Dans son habit jaune, le natif d'Avila, en pleine lumière depuis son épopée dans l'Alpe-d'Huez, a fait mieux que limiter la casse, ne concédant qu'un minimum de temps sur Evans, mais aussi sur Denis Menchov et le surprenant Bernhard Kohl qui s'est arraché dans un exercice qu'il n'apprécie guère pour conserver sa place sur le podium. Si Stefan Schumacher évoluait sur une autre planète, faisant finalement main basse sur les deux contre-la-montre cette année, Sastre se classait 12e à Saint-Amand-Montrond, seulement 29 secondes derrière un Evans dont les observateurs attendaient qu'il reprenne deux minutes au Madrilène sur un tel parcours. Il s'en fallait même de peu pour que l'Australien ne doive se contenter de la troisième place tant le vaillant Kohl a défendu chèrement sa place au point d'être au bord du malaise à sa descente du vélo. Finalement, le meilleur grimpeur du Tour 2008 a conservé sa troisième place, dépassé pour 15 petites secondes par Evans, mais passant devant un Frank Schleck à la dérive entre Cérilly et Saint-Amand-Montrond, et même éjecté du Top 5 de la Grande Boucle (6e).
Un champion du Luxembourg qui, comme l'intégralité de la formation CSC, recevait les remerciements de Sastre aussitôt son effort solitaire achevé. L'Ibère de 33 ans, dont le meilleur résultat sur le Tour demeurait une troisième place en 2006 (un podium qu'il n'avait pourtant pas foulé puisqu'il avait terminé 4e avant le déclassement de Floyd Landis, Ndlr), faisait part de toute sa reconnaissance envers ses équipiers aux micros de France Télévisions. "Je tiens à remercier toute l'équipe. Les Schleck se sont sacrifiés pour moi dans les Alpes, tout le monde a donné son maximum tous les jours pour que l'on puisse garder le maillot jaune jusqu'à Paris. Le Tour, c'est le rêve de ma vie. Et il est devenu réalité." Coureur régulier sur les grands Tours depuis plusieurs années, le grimpeur d'Avila, qui s'est préparé toute la saison pour être prêt le jour J, consacrant notamment une journée par semaine à l'exercice du contre-la-montre, n'est désormais plus qu'à 143 kilomètres du bonheur suprême.
Sauf accident, rarissime lors de la dernière étape menant le peloton aux Champs-Elysées, l'Espagnol, qui possède avec 1'05" suffisamment de marge pour éviter toute tentative de ses rivaux, succèdera dimanche à son compatriote Alberto Contador au palmarès de la plus grande épreuve cycliste du monde. Dégageant une sérénité déconcertante depuis sa prise de pouvoir, le discret Sastre va désormais devoir apprendre à vivre en pleine lumière. Deuxième pour la deuxième année de rang, Evans n'aura lui pas profité de cette édition plus ouverte que jamais pour sortir de l'ombre.
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