UIMM: L'enquête passe par le Medef
Publié le 13 avril 2008 à 15h30 par
Jeudi dernier, la police a perquisitionné les locaux du Medef dans le cadre de l'affaire de l'UIMM. Les enquêteurs sont repartis avec de nombreux documents et des disques durs d'ordinateurs. Ils cherchent à établir si Laurence Parisot, la présidente de l'organisation patronale, était au courant des retraits suspects. Certains observateurs estiment qu'il ne peut en être autrement.

Laurence Parisot a toujours dit qu'elle n'était pas au courant des retraits de l'UIMM. (Reuters)
La perquisition effectuée jeudi au siège du Medef dans l'affaire de la caisse noire du patronat était beaucoup plus poussée que ce qui a été annoncé: il ne s'agissait pas uniquement de vérifier si Laurence Parisot avait été mise au courant avant l'été de ces pratiques illicites par Daniel Dewavrin, comme l'assure cet ancien président de l'UIMM (la branche industrie et métallurgie de l'organisation patronale). Selon des sources concordantes, le juge d'instruction Roger Le Loire et les policiers de la brigade financière s'intéressaient, en fait, aux liens financiers entre le Medef et l'UIMM. Lors de cette perquisition qui a duré plus de huit heures, ils ont visité plusieurs services, longuement consulté la comptabilité de l'organisation patronale et copié le contenu de plusieurs disques durs. Après un tri minutieux effectué sur place, les enquêteurs ont en outre emporté une dizaine de cartons de scellés. L'exploitation de ces différents documents devrait prendre plusieurs jours.
L'UIMM est le principal contributeur financier du Medef, ce qui explique l'intérêt du juge et des policiers. Mais ils cherchent surtout des traces de l'utilisation des 19 millions d'euros en espèces retirés des comptes de l'UIMM entre 2000 et 2007. Ainsi, les actions de "lobbying" patronal, évoquées par Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), ex-président de l'UIMM. D'autres pistes sont envisagées, comme le financement de petits syndicats antigrève, d'organisations étudiantes marquées à droite (JDD du 17 février), voire de parlementaires.
Polémique sur le pouvoir de contrôle de l'organisation
"Cette perquisition aurait dû être effectuée beaucoup plus tôt", lâche un des spécialistes du dossier, sous-entendant que le Medef a eu tout le temps de "faire le ménage". Le scandale de la caisse noire de l'UIMM a d'abord fait l'objet d'une enquête préliminaire, ouverte au mois de septembre par le parquet de Paris. Le juge d'instruction Roger Le Loire a ensuite été désigné au mois de décembre.
Le Medef affirme "collaborer pleinement" avec la justice, précisant que "les fédérations professionnelles et les organisations territoriales étaient des adhérents et non des filiales", et qu'il n'avait donc pas de pouvoir de contrôle "ni sur leur gouvernance ni sur leur comptabilité". Ce n'est pas l'avis de l'inspecteur du travail et militant socialiste Gérard Filoche, qui vient de publier Les Caisses noires du patronat (éditions Jean-Claude Gawsewitch). Même "dans l'hypothèse où l'on aurait caché cette situation qui existait depuis si longtemps à Mme Parisot, en dépit des statuts, comment a-t-elle fait pour ne pas voir quelque chose d'aussi gros?" demande Gérard Filoche.
De son côté, la nouvelle équipe qui a pris la tête de l'UIMM semble vouloir rompre avec le passé. L'ancien bras droit de DGS, Dominique de Calan, qui demandait une indemnité de départ de 1,6 million d'euros brut, vient d'être mis en préretraite, et l'UIMM lui a seulement accordé une compensation mensuelle jusqu'à ses 65 ans. Enfin, des discussions serrées se poursuivent quant à l'indemnité de départ de DGS, que l'UIMM veut revoir à la baisse.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.