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Villepin, un rapport embarrassant

Publié le 23 décembre 2007 à 15h00 par

Dominique de Villepin de nouveau contredit. Selon les informations du JDD, les juges en charge de l'affaire Clearstream viennent de recevoir une note faisant état de rencontres fréquentes entre Jean-Louis Gergorin et l'ex-ministre début 2004, au moment où les listings ont été falsifiés. Un point que Villepin a toujours nié, mais que plusieurs témoignages corroborent.

La défense de Dominique de Villepin mise à mal par un document récent. - Reuters
La défense de Dominique de Villepin mise à mal par un document récent. (Reuters)
Dominique de Villepin de nouveau contredit. Selon les informations du JDD, les juges en charge de l'affaire Clearstream viennent de recevoir une note faisant état de rencontres fréquentes entre Jean-Louis Gergorin et l'ex-ministre début 2004, au moment où les listings ont été falsifiés. Un point que Villepin a toujours nié, mais que plusieurs témoignages corroborent.

Les juges de l'affaire Clearstream viennent, selon nos informations, de recevoir un rapport embarrassant pour Dominique de Villepin. Il s'agit d'une commission rogatoire exécutée et retournée récemment par les policiers de la Division nationale des investigations financières (DNIF). Passant au tamis les nombreux documents qu'ils avaient saisis lors de leurs perquisitions, les enquêteurs ont déniché une petite pépite. Il s'agit d'une courte note, rédigée en juillet 2004 par un responsable de la sécurité d'Airbus, Marc Deparis, dans un style télégraphique proche de celui du général Rondot.

Selon cette note, Jean-Louis Gergorin se rendait trois fois par semaine Place Beauvau en juin-juillet 2004. Or le ministre de l'Intérieur d'alors, Dominique de Villepin, a toujours assuré aux juges qu'il ne voyait que très peu son ami Gergorin à cette période dangereuse, celle où les listings Clearstream envoyés à la justice se sont révélés être des faux grossiers. Dominique de Villepin répète, en outre, que ce dernier ne lui a jamais remis de document relatif à cette affaire.

Une voiture ministérielle pour Gergorin

Les policiers ont cherché à vérifier la véracité du contenu de cette note. Ils ont donc interrogé successivement six personnes, des chauffeurs et des hommes chargés de la sécurité de Jean-Louis Gergorin quand ce dernier était vice-président d'EADS. Et ceux-ci le confirment, Gergorin se rendait souvent au Quai d'Orsay puis Place Beauvau pendant le premier semestre 2004 (Dominique de Villepin était ministre des Affaires étrangères jusqu'en mars 2004, date à laquelle il a été nommé à l'Intérieur).

Ces témoins évoquent notamment une 607 ministérielle qui venait chercher Gergorin pour ces rendez-vous, suivie par des motards d'une société de sécurité chargés de déjouer une éventuelle filature. Au passage, on apprend que la sécurité de Jean-Louis Gergorin, notoirement inquiet, avait un coût élevé. Les policiers ont saisi une facture salée adressée à EADS par une société spécialisée, d'un montant de 75 587,20 euros pour assurer la sécurité de Gergorin et de son patron Philippe Camus, du 3 juin au 3 juillet 2004, soit pendant un mois.

Toujours est-il que l'un des témoins a décrit les rendez-vous au Quai d'Orsay en ces termes: "Avec la voiture, nous faisions entrer Jean-Louis Gergorin par la rue Esnault-Pelterie. Je disais aux gendarmes en faction que Jean-Louis Gergorin avait rendez-vous avec Dominique de Villepin. Ils vérifiaient et nous entrions." Certains des témoins ont, par ailleurs, déclaré qu'ils avaient été chargés par Gergorin de porter des plis à la secrétaire particulière de Dominique de Villepin et à son chef de cabinet. Au final, ces nouveaux éléments confortent la version de Gergorin, vivement contredite par son ancien ami Villepin lors de leur audition récente.

Clôture de l'instruction début 2008

Mercredi, les juges d'Huy et Pons ont par ailleurs discrètement confronté Imad Lahoud, le faussaire présumé des listings, au journaliste Denis Robert. Le face-à-face entre les deux hommes a été vif, si l'on en juge cette tirade de Denis Robert sur procès-verbal, parlant de Lahoud: "On voit bien qu'il s'enfonce dans des dénégations successives qui ne peuvent se justifier que d'une seule façon: son implication totale dans la falsification des listings Clearstream, sinon pourquoi aurait-il cette attitude suicidaire? Il a intégré l'idée qu'il devait servir de fusible dans cette histoire."

Après l'audition vendredi, huit heures durant, de la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie par les juges d'Huy et Pons sous le statut de simple témoin, la plupart des spécialistes du dossier Clearstream tablent aujourd'hui sur une clôture de l'instruction début 2008. Même si un mystérieux DVD crypté découvert dans le bureau de Dominique de Villepin retient encore l'attention des enquêteurs (lire par ailleurs).

Reste une question, centrale: quel sort les juges d'instruction entendent-ils réserver à l'ancien Premier ministre ? Rien ne les empêche, à terme, de le renvoyer devant le tribunal correctionnel en compagnie des autres mis en examen (Gergorin, Lahoud, Bourges et Robert). Sauf que si Dominique de Villepin arrive à convaincre la justice qu'il a agi de bonne foi, les poursuites pénales ne tiennent plus. Pour l'instant, il oublie ses soucis... et passe ses vacances en famille aux Seychelles.


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