Alors, Papy, le Tour de France, vous allez regarder, encore cette année? Je veux, oui ! Et c'est pas toutes ces affaires de dopage qui vont me décourager. D'abord, le dopage, c'est bon pour les affaires. Qu'est-ce que vous racontez, Papy? Vous avez avalé des substances interdites, vous aussi? Pas du tout, fiston. Tiens, dis-moi quelles sont les équipes cyclistes que tu connais? Et bien, j'sais pas, moi... Festina, Cofidis et j'sais plus, moi. Et voilà ! Deux équipes qui ont hébergé des coureurs dopés ces dernières années. Personne ne se souvient que dans le même temps, les Mutuelles de Seine et Marne ont dépensé des fortunes pour participer au Tour de France, parce qu'elles n'ont pas eu la chance d'avoir un bon médecin capable de jongler avec les seringues. Oui, mais le dopage, c'est de la triche. Pas du tout ! Quand tout le monde triche, plus personne ne triche ! Quand le premier de l'étape est contrôlé positif à l'EPO, à quoi tu crois qu'ils ont fonctionné, tous ceux qui sont arrivés 10 secondes derrière lui? A l 'eau minérale? Au Gatorade? Non, crois-moi, fiston, dans le peloton, tout le monde fonctionne au super et c'est pour ça que cette course est belle, parce qu'ils sont tous à égalité de chance. Peut-être, mais ils mettent leur vie en danger. Et Lewis Hamilton, quand il roule à 280 à l'heure sous une pluie battante, il met pas sa vie en danger, peut-être? Et pourtant, personne n'envisage d'interdire les voitures sur les circuits de Formule 1, que je sache !
Et puis, je vais te dire, Fiston, le dopage, je suis sûr qu'en cherchant bien, on en trouverait des traces tout le long de l'histoire de l'humanité. Tiens, David et Goliath. Tu y crois, toi, à cette histoire du gamin inexpérimenté qui bat le champion au premier round? Il devait être au moins à 150 contre un, le David, ce jour-là. Ah ! Les bookmakers de l'époque ont dû se faire un joli magot, crois-moi ! Et la tortue qui bat le lièvre à la course. On a pensé à la faire pisser dans une éprouvette, la tortue, après la finale? D'accord, je veux bien que la prise de sang c'était pas facile à travers la carapace, mais tu m'enlèveras pas de l'idée qu'on aurait trouvé des traces d'EPO dans ses urines, à elle aussi, ou qu'elle aurait été contrôlée positive aux amphétamines, c'est moi qui te le dis !
Mais c'est vrai que le dopage n'est pas une fatalité. L'histoire ne témoigne que d'un seul cas où une équipe française a pulvérisé un record de vitesse sans avoir eu recours à quelque produit prohibé que ce soit. Pas deux cas... Un seul ! Pour t'en convaincre, lisons le rapport de la Commission de Contrôle de l'époque:
Enquêteur: "Mon général, veuillez vous présenter à la Commission."
Général Gamelin: " Je suis le Général Gamelin. Je commandais l'armée française en juin 1940."
Enquêteur: "Pouvez-vous décrire les circonstances qui vous ont permis à votre équipe et à vous-même de battre le record et ainsi d'entrer dans la légende?"
Général Gamelin: "Au début de la compétition,, le plus gros de nos troupes était stationné sur une ligne qui allait de la Mer du Nord à la frontière suisse en passant par les Vosges.En trois semaines seulement... Enfin pas tout à fait trois semaines, nous étions tous arrivés dans les Pyrénnées... Enfin, presque tous."
Enquêteur: "Vous voulez nous faire croire que vous avez pu aller des Vosges jusque dans le Pyrénnées en moins de trois semaines sans que personne n'ait utilisé de substances interdites?"
Général Gamelin: "Nous n'avions pas besoin de stimulants car l'adversaire était notre seul stimulant."
Enquêteur: "Soyez un peu plus explicite, Général !"
Général Gamelin: "Quand vous avez 250 divisions de Panzers aux trousses, que les Messerschmitt vous mitraillent et que des escadrilles de stukas vous bombardent en piqué, je vous assure que vous n'avez pas besoin de la chimie pour vous aider à battre des records de vitesse. Surtout que nous avions abandonné tout notre équipement pour être plus légers. Et je peux vous assurer que nous avons infligé à l'adversaire des souffrances terribles telles que des crampes aux mollets ou des points de côté. Et il a fallu que le Maréchal accepte à contrecoeur de signer l'armistice pour leur permettre de reprendre leur souffle. Ils étaient au bord de l'asphyxie, c'est moi qui vous le dis."
Non, tu vois, fiston, le dopage n'est pas une fatalité, mais à part cet épisode glorieux de l'histoire de France où je pense que le coach était sincère quand il a dit que son équipe n'avait pas eu besoin de se doper pour battre les allemands à la course, le dopage c'est ce qui a mené le monde depuis la traversée du déluge sans escales par Noé et sa famille jusqu'au record d'entrées payantes de "Bienvenue chez les Ch'tis" en passant par les sauvetages à répétitions du Paris Saint Germain.
Avec le dopage, tout peut s'expliquer, fiston, tout peut s'expliquer !