Peines d'amour perdues : coup de coeur
Fantaisie élégante et amusée, "Peines d'amour perdues" est un spectacle rieur et plein de ressources. Comment en être sûr ? Rien de plus simple : on en sort plus léger, plus euphorique aussi. Et plus amoureux, de Shakespeare et de la vie...
C’est un projet ambitieux qu’a échafaudé la metteuse en scène Hélène Cinque : s’enticher d’une des premières tragé-comédies de Shakespeare, écrite à l’époque de Roméo et Juliette et Songe d’une nuit d’été.
Peines d’amour perdues n’est sans doute pas la plus grande pièce de l’auteur anglais. Mais l’argument reste séduisant : entouré de trois fidèles compagnons, le roi jure solennellement de consacrer aux études (de philosophie, en l’occurrence) les prochaines années de sa vie... Fini les réjouissances et fini les amours. Aucune femme ne distraira le roi et sa petite cour de leurs trois heures de sommeil par nuit et d’un jour de jeûne par semaine.
A peine ces nobles (mais futiles) résolutions sont-elles prises que débarque, ambassadrice de charme, la princesse de France, entourée de ses trois demoiselles de compagnie. Bien sûr, chacun, sans se l’avouer et sans l’avouer aux autres, s’éprend de sa chacune. Mais le temps presse car la menace d’une guerre rôde. Petit hic, quand même : en 1596, même si on a l’empathie très développée, ça fait trop loin pour qu’on s’en émeuve vraiment.
Et c’est à ce moment qu’intervient toute la grâce scénaristique de Cinque, dans l’énergie nouvelle qu’elle puise dans l’affrontement des corps. Comme si les joutes de mots ne suffisaient pas à la metteuse en scène, on se frôle, on se renifle, on se moque. On chante et on danse aussi. Bref, on se bagarre sans se toucher. Au final, on se croirait dans une comédie musicale hollywoodienne des années 30, où pullulent pleins de Fred Astaire et de Ginger Rogers à la française. Et entre les derrières bien roulés des filles et les mentons aussi hauts que juvéniles des garçons, une naïve sensualité prend ses droits dans un élégant flirt élisabéthain. Pataquès, parjures et lettres d’amour, théâtre dans le théâtre, farce à tous les étages... Décidément, dans cette pièce, la troupe ne se refuse rien.
Justement, parlons-en de la troupe. De la diction imposante d’Alexandre Zloto en roi Ferdinand. De la voix de crooner de Dan Kostenbaum (Boyet). Du couple irrésistible que forme Nicolas Vallet (Courge) et Julie Autissier (Jacquinette). De la brillante scène du zizi menée tambour battant par Emmanuelle Bourdier (Holopherne) et Davis Baqué (Nathaniel). Difficile de faire l’éloge de tous les membres de la troupe tant ils sont nombreux. Mais l’essentiel à retenir, c’est que Shakespeare n’ennuie plus. Au contraire, à travers cette adaptation originale, on s’émeut et on rit encore. L’étrangeté est garantie, donc. Le plaisir aussi.
Infos pratiques :
Peines d'amour perdues : Théâtre de Soleil Cartoucherie jusqu'au 29 juin , 75012 Paris
Réservations : 01 43 98 26 10
Plein tarif : 15 €
Tarif réduit : 12 €
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