Tourisme "réalité" ? On croit rêver !
En marge de l’exotisme, du dépaysement ou du bien-être, certaines agences de voyages proposent à leurs clients des séjours bien singuliers. Leur bannière ? Le tourisme "réalité". Au programme : guerres, catastrophes, misère…
10 jours en Iraq pour 2800 dollars. Ne comptez pas sur la visite des jardins suspendus de Babylone. Non plus sur l’ivresse d’un air respiré par les hommes sortis du berceau de l’humanité. Pour ce prix-là, vous avez par contre vue imprenable sur le conflit. Le séjour est calé sur ses points chauds, option roulette russe incluse. Passées les balles perdues, les explosions, les enlèvements, restent des visions inédites. Au mieux. Le retour n’est pas garanti. 
Il existe même un guide pour les spectateurs de la guerre. Il recense tous les ans les endroits les plus dangereux dans le monde. A chaque nouvelle édition, c’est un best-seller.
L’escalade de l’offre : le tourisme "réalité" est en plein boom
A mesure que les moyens de transport se multiplient et ramènent le tour du monde à quelques heures en avion à peine, notre planète rétrécit. Et la terrae incognitae n’a plus d’inconnu que le nom.
Démocratisé, le tourisme s’est aussi inévitablement banalisé. En réaction, l’insolite ne fait plus dans la demi-mesure. Aujourd’hui, on parle de faire un tour dans l’espace, du ski en plein désert, mais aussi conduire un tank de l’armée cambodgienne, visiter les ravages du cyclone Katrina à la Nouvelle-Orléans... Blasés, certains clients partent aujourd’hui à la recherche de nouveaux territoires, promesses de spectaculaire et de sensations nouvelles. Extrêmes.
Obscène, indécent, inhumain… Certains voyagistes ne s’embarrassent pas avec ce genre de considérations, prenant soin de revendiquer leur vision des choses : prise de conscience, remise en question des valeurs… Ainsi, des agences ukrainiennes, quand elles ne sont pas d’Etat, proposent une visite de la centrale de Tchernobyl. Caresser du regard la plus grande catastrophe nucléaire civile mondiale se monnaye aujourd’hui autour de 400 dollars. La combinaison protectrice est incluse. La confiance, elle, reste à la charge du client.
A qui profite "le crime" ?
Cela fait déjà plusieurs années qu’au Brésil dans les favelas, on parle plutôt de "tourisme social". Depuis la création en 1992 de la première agence, elles sont maintenant une petite dizaine à proposer les mêmes services : accompagner les touristes dans les quartiers chauds de Rio de Janeiro et d’ailleurs.
La visite dans les bidonvilles se fait à pied avec un objectif affiché : "Faire exister le favela sur la carte de Rio" explique Marcelo. Le créateur de l’agence Favela Tour se défend de tout voyeurisme. Il ajoute : "il faut briser les stéréotypes et sortir les favelas d’une vision centrée sur la misère et le crime". Toutes ne le revendiquent pas, mais certaines – à l’instar de Favela Tour - reversent une partie des revenus au financement d’écoles et à la scolarisation des jeunes. Sans doute après avoir acheté leur tranquillité et leur permis de circuler auprès des mafias locales.
Prise de risque par procuration, voyeurisme, quête du sensationnel… Qui dit tourisme dit forcément dépaysement. Muni de votre appareil
photo, partez vers ces contrées lointaines, mais n'oubliez pas que vous
êtes un touriste et non un reporter ! A vous
de faire les bons choix et de savoir où vous mettez les pieds.
Les voyagistes :
Favelas au Brésil : favelatour.com.br
Tchernobyl : ukrcam.com
Pascal Bagot pour Ma Génération
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Commentaires (3)
ytymageneration | il y a 3 mois
La critique de ce type de tourisme (que vous ne définissez pas d'ailleurs) est devenu une habitude et visiblement vous cédez à la facilité. Il faut faire attention aux amalgames. Quel rapport entre Tchernobyl et une favela ?
Le tourisme qui renvoie l'Autre uniquement à son folklore me semble autrement plus préjudiciable. Au Maroc, danse du ventre, balades à dos de chameau et plaisanteries éculées sur le harem ont-elles le moindre sens ? Qui ose aller dans les banlieues de Casa qu'elles soient riches ou déshéritées pour essayer de comprendre la réalité marocaine (celle de l'exode rurale, d'une société en profonde mutation comme le sont toutes les sociétés du Sud...). Combien de fois entend-on les touristes (et leur guide) invoquer la fatalité pour toute réponse à des sujets qui - ont pourtant en creusant un minimum - leur propre logique sociale, politique ? On peut passer un mois en Egypte à ânonner la liste des pharaons sans un regard sur la population contemporaine. L'indifférence n'est-elle pas l'injure suprême au moment même ou les slogans marketing de nos catalogue de voyage promettent "la rencontre de l'Autre" ?
Alors que certains s'essaient à autre chose, en tâtonnant certes, me semble une excellente initiative et il convient de l'encourager. Continuons à tourner le dos aux réalités contemporaines à renvoyer la pauvreté à l'exotisme, à ignorer le mécanismes économiques, environnementaux, en se complaisant dans l'artisanat et le folklore "authentique"... on aura voyager pour rien. Comme disait Simone de Beauvoir d'un voyage dans l'Espagne qui virait au franquisme "Nous étions-là et nous n'avions rien vu".
Cette levée de bouclier systématique et facile de la presse sur ce sujet me fait penser que les journalistes craignent de voir les touristes empiéter sur leur plates-bandes et leur demander un jour des comptes sur leurs piètres performances informationnelles !
Il y a longtemps que l'on a fait le tour de la terre. Les touristes ne sont plus des explorateurs aujourd'hui mais des citoyens du monde, des témoins. La seule découverte qui nous reste c'est celle du monde contemporain. Une nécessité à l'heure où les questions importantes dépassent largement les frontières des Etats (réchauffement climatique, faim, finance, paix...). Je ne vois pas pourquoi le tourisme ne serait pas cet espace de confrontation au monde, un temps d'interrogation et de connaissance qui nous fait tant défaut.
victoire | il y a 4 mois
le voyage dans les favelas c'est pour montrer les actions des associations, ne confondez pas tout.
Jeanjean | il y a 4 mois
Faut quand même être cinglé pour partir visiter un site radioactif ! Y en a qui ne savent vraiment pas quoi faire de leur pognon.